Languages

Histoire de batraciens

Fleur puante au goût de lames de rasoir

Hier soir, Simon m'a fait visiter un de ses endroits préférés dans la région. Près de son boulot au Ministère des Ressource naturelles et de la Faune, un grand parc industriel est en train de s'étendre sur une ancienne forêt. La zone, située aux abords des autoroute Henri IV et Charest, fait environ 2 km par 750m.

À notre arrivée, Simon me présente les différents bâtiments industriels comme s'il s'agissait de mauvaise herbe: "Ça à gauche, ça a poussé l'an dernier." Il me décrit avec une certaine déception un environnement contrôlé, où même les plantes diversifiées aux abords de la rue ont été sauvagement remplacées par de la pelouse bien tondue, bien verte, bien nette. Tandis qu'il me parle de l'histoire du parc, nous entrons dans le boisé par un petit chemin.

La visite révèle un environnement incroyablement complexe et diversifié. À ce temps-ci de l'année, il est en pleine éclosion... À travers le sol jonché de feuilles mortes, des milliers de jeunes pousses lèvent les bras vers le soleil. Simon me montre à distinguer les épines de sapin de celles des ifs, toxiques: une seule centaine d'entre elles peut tuer un être humain! Puis, toutes sortes de plantes bizarres, souvent puantes (!) ou au goût horrible ("comme si tu avalais des lames de rasoir" à cause de certaines composantes chimiques qui agissent sur le système nerveux) ... ou les deux! Plus tard, il retrouve sous une branche un vieux crâne d'orignal qu'il avait caché là il y a trois ans: on voit encore la marque de la scie des chasseurs qui l'ont "dépanaché"...

Notre périple nous amène dans une zone plus humide. Nous nous approchons de l'autoroute et de notre destination finale: l'étang aux batraciens.

La construction d'une ligne électrique, de l'autoroute et du parc industriel ont dépeuplé la zone de beaucoup de forêt. Ce déboisement a eu pour effet de créer, au bord de l'autoroute Charest, une petite enclave inondée, les précipitations et infiltrations d'eau n'étant plus retenues par les arbres. Cette "vaste" étendue d'eau est devenue un repaire de batraciens et, au printemps, le lieu d'un concert surréel.

À la tombée de la nuit, des centaines de voix s'élèvent, enterrant rapidement le bruit sifflant des voitures qui passent sur l'autoroute. Les chanteuses, invisibles, soufflent dans l'air stagnant, se répondent les unes aux autres, dans une étrange harmonie qui semble émaner des eaux mêmes de l'étang.

Simon m'a dit qu'il venait souvent, ici, dans ce non-lieu. Même avec une lampe de poche, même en cherchant très fort entre les brins d'herbe, il n'a jamais réussi à apercevoir une seule choriste.


Agrandir le plan

Hier soir, Simon m'a fait visiter un de ses endroits préférés dans la région. Près de son boulot au Ministère des Ressource naturelles et de la Faune, un grand parc industriel est en train de s'étendre sur une ancienne forêt. La zone, située aux abords des autoroute Henri IV et Charest, fait environ 2 km par 750m.

Post new comment

The content of this field is kept private and will not be shown publicly.
  • Web page addresses and e-mail addresses turn into links automatically.
  • Allowed HTML tags: <a> <em> <strong> <cite> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd> <pre> <h3> <h4> <h5> <h6>
  • Lines and paragraphs break automatically.

More information about formatting options

CAPTCHA
This question is for testing whether you are a human visitor and to prevent automated spam submissions.
Fill in the blank
By submitting this form, you accept the Mollom privacy policy.